L’Unesco et les listes du patrimoine mondial

 

C’est après la première guerre mondiale qu’a germé l’idée d’une conservation du patrimoine international. Deux mouvements se sont alors rejoints. D’une part, un mouvement de protection des biens culturels, de l’autre, une préservation des sites naturels.

L’idée du lien entre préservation des sites culturels, et des sites naturels est venue d’une conférence tenue à Washington DC, en 1965 demandant la création « d’une Fondation du patrimoine mondial » afin de protéger « les lieux, les paysages et les sites historiques les plus extraordinaires pour le présent et l’avenir de toute l’humanité ». La même démarche est opérée par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), en 1968. Ainsi, ces propositions furent présentées à la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement humain à Stockholm en 1972.

Le 16 novembre 1972, l’ensemble des acteurs se mettent d’accord sur La Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, lors d’une conférence générale de l’UNESCO. Ce texte rappelle ainsi, à chacun, les interactions entre l’Homme et la Nature, et la nécessité de conserver un équilibre entre les deux.

De plus, Une Stratégie globale pour une Liste du patrimoine mondial équilibrée, représentative et crédible a été lancée en 1994, le but étant de préserver une « diversité culturelle et naturelle des biens de valeur universelle exceptionnelle ». En effet, en 2006, sur les 410 biens, classés majoritairement dans des pays développés, 304 étaient des sites culturels, pour seulement 90 sites naturels, et 16 sites jugés mixtes. Cette politique implique donc que la définition du patrimoine mondial reflète d’avantage de la diversité culturelle et naturelle du Monde.

Une étude de l’ICOMOS a montré « que les causes des disparités de la Liste du patrimoine mondial entrent dans deux grandes catégories : structurelles, c’est-à-dire liées aux procédures d’inscription, ainsi qu’à la gestion et à la protection des biens culturels ; et qualitatives, c’est-à-dire liées à la façon dont les biens sont identifiés et évalués. » Ainsi, pour une meilleure représentativité des sites, le Comité du patrimoine mondial a limité le nombre de propositions d’inscription pouvant être soumis par chaque Etat.

Dans les Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial de janvier 2008  « l’Unesco invite les Etats parties, (à) assurer la participation d’une large variété d’acteurs concernés, y compris gestionnaires de sites, autorités locales et régionales, communautés locales, organisations non gouvernementales (ONG), autres parties prenantes et partenaires intéressés par l’identification, la proposition d’inscription et la protection de biens du patrimoine mondial. »

En outre, les Etats ayant ratifié la Convention du patrimoine mondial, ont la responsabilité « d’assurer l’identification, la proposition d’inscription, la protection, la conservation, la mise en valeur et la transmission aux générations futures du patrimoine culturel (article 4 et 6) ainsi que « d’adopter une politique générale visant à assigner une fonction au patrimoine dans la vie collective ».

Ainsi l’Unesco, dans sa mission qui lui est propre, pourrait dans le cadre de Brazzaville ; aider à la proposition de sites sur le territoire de la capitale congolaise ; aider à la préservation des sites et voire, à leurs rénovations, encourager les populations locales à s’intéresser à leur patrimoine, etc. Pour ce faire les sites doivent avoir d’abord une « valeur universelle exceptionnelle » et remplir aux moins un des dix critères de sélection. Ces derniers sont régulièrement réorientés pour rester en lien avec les évolutions du concept même de patrimoine mondial.

Jusqu’en 2012 le Congo n’avait toujours pas de sites classés sur la liste du patrimoine mondial. En Juin 2012 Le Parc National de Nouabalé Ndoki au sein du site Trinational de la Sangha fut inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. En 2008, le gouvernement congolais avait inscrit cinq sites sur la Liste indicative, qui vise à proposer des inscriptions pour les années à venir. L’UNESCO rappelle que les « États parties, doivent, pour réaliser leur liste indicative inscrire « les noms des biens qu’ils considèrent comme étant  un patrimoine culturel et/ou naturel de valeur universelle exceptionnelle susceptible d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial. » Ce travail peut être effectué avec la participation d’une variété de partenaires, tels que des ONG, des communautés locales, des universités, etc. Il est aussi rappelé que ces listes ne doivent pas être considérées comme exhaustives et que les États peuvent « réétudier et soumettre à nouveau leur liste indicative au moins tous les dix ans. » De plus, la présentation de la liste indicative doit se faire en français ou en anglais avec indications des « noms des biens », de « leurs emplacements géographiques », d’ « une brève description des biens », d’une « comparaison avec d’autres biens similaires », d’ « une justification de leur valeur universelle exceptionnelle et d’une brève déclaration d’authenticité et/ou d’intégrité. »

Ainsi les quatre sites inscrits sur la Liste indicative du Congo sont :

Le Parc National de Nouabalé Ndoki (12/06/2008) ayant été inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial lors de la 36ème session du Comité (Saint Saint-Pétersbourg – 24juin au 6 juillet 2012)

Il y a donc deux sites « culturels » et trois sites « naturels », mais rien n’est fait sur Brazzaville. Il sera toutefois intéressant de voir les liens qui demeurent entre ces demandes de classification et Brazzaville. Les trois parcs nationaux mettent en avant leurs patrimoines naturels tant au niveau de la flore que de la faune. L’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango a une valeur universelle indéniable quant au souvenir de l’esclavage. Quant au domaine royal de Mbé, il est le site le plus proche de Brazzaville car c’est en son sein que fut signé le 10 septembre 1880 le traité entre Pierre Savorgnan de Brazza et le Makoko Iloo 1er, donnant lieu à la formation de Brazzaville.
 

Les critères de sélection de l’Unesco :

 

Critères culturels

 

Critères naturels

 

Orientations 2002

 

(i) (ii) (iii) (iv) (v) (vi) (i) (ii) (iii) (iv)

Orientations 2005

 

(i) (ii) (iii) (iv) (v) (vi) (viii) (ix) (vii) (x)

 

i. Représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain ;

ii. Témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages ;

iii. Apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue;

iv. Offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine ;

v. Etre un exemple éminent d’établissement humain traditionnel, de l’utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d’une culture (ou de cultures), ou de l’interaction humaine avec l’environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable sous l’impact d’une mutation irréversible ;

vi. Etre directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle. (Le Comité considère que ce critère doit préférablement être utilisé en conjonction avec d’autres critères);

vii. Représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles ;

viii. Etre des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ;

ix. Etre des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins ;

x. Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation.

La protection, la gestion, l’authenticité et l’intégrité des biens sont également des considérations importantes. Depuis 1992, les interactions majeures entre les hommes et le milieu naturel sont reconnues comme constituant des paysages culturels.